Documentation audiovisuelle: les enjeux de la numérisation

Un environnement en mutation

Le développement des technologies numériques a permis d’engager une nouvelle phase dans le cadre du travail des documentalistes spécialisés dans le traitement des ressources, qu’elles soient littéraires, photographiques ou audiovisuelles. Si, pour le premier média cité, la massification de la consultation de livres par le grand public sous forme numérique tarde encore à se développer, en revanche, les photos, les sons et la vidéo se conçoivent désormais de manière quasi-naturelle dans une optique de numérisation, et non plus dans le seul objectif d’une diffusion uniquement radiophonique ou télévisuelle. Les players, permettant la lecture et de multiples opérations sur une vidéo, sont devenus monnaie courante sur les sites internet, facilitant notamment le travail des documentalistes en phase de visionnage.

A l’Institut national de l’audiovisuel, les documentalistes (une centaine) indexaient en direct les reportages et sujets diffusés à l’antenne ! La discrimination entre contenant et contenu s’accentue, un reportage, par exemple, étant amené à être exploité sur plusieurs canaux, et ce dans une optique multimédia. L’éclosion de chaînes thématiques dans les années 1990 et la naissance de la Télévision Numérique Terrestre en 2005 ont permis de créer un nouveau débouché pour les producteurs en télévision, accroissant notamment la charge des documentalistes. Un même sujet est par ailleurs aujourd’hui voué à être diffusé sur de nombreuses chaînes, une certaine neutralité du ton employé étant de facto requise, et prolongé sur internet par le biais des diffuseurs eux-mêmes, chacun en faisant sa propre interprétation à partir de la notice de base fournie par le producteur. En radio, ces pratiques sont moins développées, mais internet devient le premier moyen d’écoute. Le succès des podcasts, qui doivent être classés et recensés sur les sites, en atteste. Le document en tant qu’unité n’est donc plus identifiable: il peut faire partie d’une émission, être diffusé de manière indépendante, recontextualisé sur le Net ou en médiathèque ou bien commercialisé.

L’accroissement des supports de diffusion ne fait qu’amplifier cette tendance, accentuant la difficulté éprouvée à indexer un objet audiovisuel et à lui attribuer une série de caractéristiques. L’oeuvre est « travaillée » par les diffuseurs pour parvenir à un produit qui leur est propre. Les reportages diffusés sur M6 dans les magazines du dimanche se retrouvent ainsi reformatés pour diffusion sur les chaînes thématiques du groupe, et scindés en extraits pour le Web. La numérisation induit par ailleurs une volonté de formats de compression pouvant porter atteinte à l’intégrité du document: lecture, son… Par ailleurs, à chaque changement de détenteur ou de personne visionnant le document, les métadonnées sont amenées à être modifiées; et la source du document originel toujours plus complexesecours au service des ayants-droit.

De la nécessité d’un travail de documentation

Cette mutation des formes de diffusion renforce la pertinence de la présence de métadonnées sur un document d’origine ou lors de sa première diffusion, afin de procéder à une indexation et un archivage le plus complet possible. L’enjeu est, pour le documentaliste, de se plier aux contraintes temporelles8 d’un document audiovisuel: en effet, compte tenu du déroulé chronologique des éléments, priorité est donnée à la localisation la plus précise du contenu, en indiquant de manière claire et normalisée et repères indispensables à une recherche au sein de la ressource, et de la ressource en elle-même: si constituer une base de données permet de créer un espace d’archivage utile, encore faut-il retrouver les documents dans cette dernière. Le travail du documentaliste est par conséquent de créer des métadonnées et des informations attachées au document afin de l’accompagner: fiche technique et travail plus poussé mettant en avant la valeur ajoutée du documentaliste: mots-clés, résumé, contextualisation.

L’analyse et indexation audiovisuelle relève donc d’un véritable travail de documentation, le contenu d’un document devant être reformulé de telle manière à ce qu’il puisse être retrouvé et consulté ultérieurement de manière autonome. La mise à disposition de l’information passe donc avant tout par sa caractérisation avant, dans un second temps, son positionnement dans un contexte donné. Un ciblage peut notamment être effectué par public-cible: les attentes seront différentes selon que le récepteur est un professionnel ou un profane en la matière !

Le documentaliste analyse donc les besoins de chaque type de public et prépare les documents aux mécanismes de diffusion sélective de l’information et de mise à disposition sur un outil d’indexation et de recherche. Un environnement éditorial peut notamment être crée par le documentaliste afin d’amener le lecteur/récepteur à la consultation la plus aisée de la ressource: le développement des newsletters, brochures et sites internet dédiées à une thématique donnée en témoigne. Les centres de documentation disposent désormais de leur pendant numérique, leur permettant de donner accès à un large bouquet de ressources multimédia.

Trois grandes phases peuvent ainsi être mises en exergue: d’une part, le repérage du document, d’autre part, sa caractérisation, et enfin sa structuration. Un travail complet qui s’inscrit dans une nouvelle forme de chaîne documentaire, adaptée aux documents audiovisuels. Aux commandes de documents se substitue désormais leur identification, par exemple, dans un environnement où nous sommes abreuvés de canaux de diffusion.

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